Saveurs Vagabondes

« De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise »

                                                                                                            – Guy de Maupassant –

Voyageurs gourmands ou gourmands voyageurs, cet article s’adresse à vous. Les autres, restez aussi, vous pourriez aimer ce que vous allez lire!

91lYc6hpF1LJe veux vous parler de l’un des ouvrages qui a le plus marqué mon imaginaire de lectrice globe-trotteuse et gastronome. Il s’intitule Saveurs vagabondes : Une année dans le monde.

Mon exemplaire est corné, usé, plié, presque chiffonné (j’emmène mes livres partout avec moi). Les pages sont gondolées, tâchées de gras, de traces de doigts ou de crème solaire. On y trouve des miettes ou du sable (j’aime lire à la plage et manger quand je lis). Qu’en conclure (à part que je suis un peu crado)? Que je l’ai lu, relu et re-relu. Je l’ai emmené avec moi dans un périple en voiture et en couple à travers la France, puis dans un voyage en camion et entre amis jusqu’au Portugal. Il est sur ma table de nuit et j’aime l’ouvrir pour en relire des passages au hasard.

Viens en au fait, Marie B.! Il raconte quoi ton bouquin?

Le résumé au dos du livre est déjà brillant, donc je ne vais pas ré-inventer l’eau chaude et je vous le copie ici :

Frances Mayes s’accorde une année de vagabondages pour découvrir le métissage des cultures en Andalousie, la cuisine du Portugal, les jardins à l’anglaise, effectuer un pèlerinage littéraire dans le pays de Colette en Bourgogne, errer au hasard des ruelles de Fez. Partout elle s’immerge, se mêle, flâne au marché, pousse les portes des cuisines de restaurants, entraînant le lecteur avec elle. Elle met ses pas dans ceux d’Homère, se repose de la mer Égée à l’ombre des oliviers en Crète, mais c’est à Mantoue qu’elle rêve de s’installer, en attendant que l’appel de la route la reprenne. Le livre savoureux d’une épicurienne.

En réalité, l’auteure n’a pas effectué ce voyage d’une seule traite. Il a été entrecoupé de retour à San Fransisco où elle enseigne et de séjour dans sa maison de Bramasole en Toscane. Les récits ont été mis bout à bout et c’est ce qui permet au livre de nous emporter loin.

Loin? N’exagère pas, ce n’est qu’un livre!

Peut être. Mais à travers les 12 chapitres de cet ouvrage, Frances Mayes nous emmène dans toute l’Europe. En Andalousie, en Crète, au Portugal, en Italie, en Bourgogne, mais aussi au Maroc (seul chapitre hors du vieux continent) ou en Écosse. Et nom d’un chien, quand je dis qu’elle nous emmène, ce n’est pas qu’une expression!

Parce que ce qu’elle prône dans son livre, c’est de saisir l’essence du pays qu’elle visite à travers plusieurs prismes, dont le premier est la lecture. Je partage avec elle cette philosophie du voyage qui consiste, avant de partir, à rêver à travers des livres parlant du lieu ou ayant été écrit par des gens du cru. Lorsqu’elle se rend à Grenade, elle lit Garcia Lorca et nous en cite des passages. A chacune de ses arrivées, elle achète sur place des livres de gastronomie locale dans la langue du pays pour s’imprégner de la culture en profondeur. Par exemple, elle arrive en Bourgogne avec un livre entier consacré au fromage. Qui en France possède un tel livre? Je trouve ça génial!

Je raffole aussi de sa façon de dépeindre ce qu’elle découvre avec des yeux toujours neufs, au point qu’elle nous fait redécouvrir un marché français lorsqu’elle visite la Bourgogne pour rendre visite à Colette, écrivaine qu’elle a adoré. Par ce qu’elle prend la peine de nous décrire, on comprend ce qui est différent de ce qu’elle connait. Ainsi, sur le marché couvert d’Auxerre, elle remarque que « les étals de viande sont aussi soigné que les vitrines des bijoutiers du Ponte Vechcio » (NDLR : à Florence, Italie). Cela voudrait-il donc dire qu’ailleurs ce n’est pas le cas? J’aime qu’on me pointe ce que je considère comme normal et qui, pourtant, est « typiquement français » (à prononcer avec un fort accent britannique 😉 ).

Son écriture est incroyablement évocatrice. On sent le parfum des orangers portugais et la chaleur poussiéreuse de la Crète. J’aime son approche sensorielle du voyage. Je veux dire par là qu’elle le vit avec ses sens. Elle goûte la cuisine, écoute la musique, regarde les gens vivre, respire les odeurs et flâne dans les ruelles. Elle écoute du fado dans les caves lisboètes, flâne dans les souks marocains, bois son café au comptoir comme les vrais italiens ou son thé accompagné de scones dans un petit pub britannique. Elle s’immerge totalement, rencontre des autochtones, habite sur place pour prendre le tempo des lieux, s’imprégner des couleurs, de la lumière aux différents moments de la journée, du rythme de vie, des habitudes…

« Curieusement, tout est dit sur Capri, mais les livres oublient l’essentiel. Mais comment définir l’essence d’un endroit ? Ils ne le font pas, il fallait que je vienne. Les vagues sur les rochers sont là pour m’en parler, la chemise bleue du pêcheur crie une définition, l’ombre délicate de l’amandier imprime sur un mur blanc trois bonnes raisons en calligraphie noire. Capri. Marcher, explorer, revenir sur ses pas. Inspirer profondément l’odeur de la mer, de la menthe sauvage cuite par le soleil. Faire l’amour dans une lumière de nacre. Plaisanter avec une femme qui coupe les mauvaises herbes le long de sa clôture. Fixer dans sa mémoire une cascade de bougainvillées, roses et abricot, qui mêlent leurs fleurs devant une couche de chaux. Pique-niquer sur une plage de galets, croquer le raisin brûlant qu’Ed égrène devant ma bouche. »

C’est comme ça que pour ma part, je conçois le voyage et c’est ce qui m’a manqué dans mes dernières expéditions, notamment au Portugal où j’étais partie entre amis. Être entre français et ne faire que passer m’a fait éprouver une certaine frustration de ne pas connaître le Portugal. Oui je l’ai vu, mais je ne le connais pas. Je ne sais ni le goût de sa cuisine, ni comment il s’amuse ou s’aime, ni à quelle heure il se lève, mange, travaille ou s’endort. Frances Mayes, elle, passe du temps et même s’installe quand elle arrive. Elle loue une maison pour un mois, se promène à pied, rencontre les voisins et parle aux chefs des restaurants où elle dîne. J’aime cette façon de faire. J’aimerais me donner les moyens de faire ainsi connaissance avec chacun des endroits où je débarque, mon gros sac sur le dos.

Bon, on a compris, t’es in love. Autre chose?

Cet ouvrage est donc une autobiographie, mais aussi un carnet de voyage plein de conseils de lecture, une déclaration d’amour aux différents modes de vie du monde. Chaque voyageurs peut s’y retrouver, car elle ne nous cache aucune de ses déceptions. Qui n’a jamais eu sa « journée de la loose » en voyage? Il y a toujours des imprévus et tout n’est pas toujours rose. Par exemple, Frances (oui, je l’appelle par son petit nom), en arrivant à Grenade, nous fait part de sa consternation de découvrir une ville polluée et entourée d’abords industriels. Sa Grenade à elle, elle l’a d’abord rêvée à travers des poèmes merveilleux qui chantaient son ciel, ses parfums et son fleuve « coulant entre orangers et oliviers« .

El río Guadalquivir
va entre naranjos y olivos.
Los dos ríos de Granada
bajan de la nieve al trigo.

                                                                                                                     – Federico Garcia Lorca –

Alors c’est sûr que ce n’est pas la façon de voyager de tout le monde et certains pensent que ça manque d’authenticité (car pour faire ce qu’elle fait, c’est vrai qu’il faut un gros budget). Mais elle nous donne faim (je ne vous dis pas le nombre de fois où, sortant de table, mon ventre à recommencé à crier famine en lisant ses descriptions) et nous permet de nous évader.

En outre, sa conclusion à elle seule vaut le temps passé à lire ce beau roman (je peut vous la dévoiler ici sans spoiler l’intrigue, puisqu’il n’y en a pas). Ce qu’elle prône, et je trouve ça magnifique, c’est de découvrir le monde, d’explorer « l’ailleurs« , de s’en nourrir, de s’en inspirer. Puis une fois le voyage terminé, de revenir là où l’on est né, où l’on a ses racines pour rendre au lieu et à la communauté  ce qu’elle nous a donné. Et de le faire à travers toutes les bonnes choses qu’on a ramené de ses pérégrinations : un style de musique, un élément de décor, une cuisine… Elle conclu son roman en nous expliquant sa volonté de retourner s’établir en Georgie (USA) pour y ouvrir une « maison jaune » où elle recevrait des artistes en résidence, accueillerait des concerts, ouvrirait une bibliothèque en servant au passage une cuisine multiculturelle où les saveurs de tous les pays se mélangeraient.

C’est peut être ça, au fond, l’essence du Voyage.

Vous l’avez compris, je vous encourage, que dis-je, je vous supplie d’ouvrir ce bouquin et de vous laisser entraîner à la découverte d’autres endroits, d’autres saveurs. Lisez Frances Mayes!

Si je vous ai convaincu ou que vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à me donner votre avis sur Saveurs vagabondes. J’ai commandé récemment les autres ouvrages de l’auteure et les attend avec impatience! Vous en aurez des nouvelles. D’ici là, je vous souhaite de bonnes lectures et suis preneuse de vos conseils s’il y a des livres qui vous ont autant marqué que celui-ci l’a fait pour moi! Donnez moi les titres en commentaire!


Pour aller plus loin

 

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2 réflexions sur “Saveurs Vagabondes

  1. Tu m’as donné une envie folle de devorer ce livre car cela rejoint ma vision des voyages, ne pas survoler les lieux mais vivre à travers les yeux et la voix de leurs habitants (mon petit credo), je suis une expatriée au bout du monde et je vois très bien ce que tu veux dire quand des francais se retrouvent entre eux sans chercher à connaitre les cultures locales. Ca m’a donné aussi envie d’écrire un article sur ma vision du voyage sur mon blog 🙂

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    1. Je suis contente de t’avoir donné envie de le lire, car c’est véritablement l’un de mes préférés! Quant à ton projet d’article, j’en ai un sur le même sujet qui traine dans la catégorie « brouillons » du blog depuis quelques temps, alors j’ai hâte de lire ta façon de voir les choses!

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