Marie B. à Ouessant – Chapitre 1

SAM_7010L’arrivée

Ca y est, je suis une ilienne. J’habite Ouessant. Comment suis-je arrivée là ?

A priori et en préambule, il faut dire une chose : l’accès à Ouessant n’est pas sans difficultés et toute tentative d’approche de l’île nécessite une certaine logistique, voire une logistique CERTAINE.

On the route encore en Seat Ibiza

C’est donc à 7h du matin ce 1er avril, alors qu’il faisait encore nuit, que j’ai quitté la Charente-Maritime au volant de mon fidèle destrier qui m’a accompagnée dans tous mes déménagements : ma Seat Ibiza modèle 1999 dont le pare-chocs ne s’est jamais remis de la rencontre avec un sanglier dans ses fringantes années (celles de la voiture, pas du sanglier). Du coup, depuis, il penche (le pare-chocs, pas le sanglier).

Après 5h de route, je suis arrivée à ma première étape, le village du Faou (prononcer Le Fou) où j’avais rendez-vous avec la DRH, histoire que chacune d’entre nous mettent un visage sur ce nom avec qui elle avait échangé de sympathiques mails à base de « transmettez-moi une copie de vos papiers histoire que je rédige votre contrat »/ « OK les voici», ainsi qu’un courrier contenant  mon contrat accompagné dans chaque sens par une carte postale mignonne. On était déjà presque copines.

Comme j’étais hyper en avance, j’ai décidé de m’offrir un repas de fête spécial « arrivée dans le Finistère pour aller bosser sur une île et c’est trop cool ». J’ai donc poussé la porte d’une crêperie que j’avais repéré lors de mon précédent passage au Faou et qui m’avait attirée avec l’énorme panneau : « meilleure crêperie du Finistère pour la quatrième année de suite ». Malheureusement, elle était fermée à ce moment-là. Chance, elle était cette fois-ci ouverte. J’ai commandé une « complète » (jambon/œuf/fromage) mais en remplaçant le jambon par de l’andouille et en ajoutant des champignons. Dix minutes plus tard, j’ai vu arriver un mastodonte que j’ai su immédiatement que je ne pourrais pas finir. Mais c’était tout simplement une tuerie. L’andouille était délicieuse, la galette croustillante et pleine de beurre. Un bémol sur la quantité de sel (j’avais Guérande en entier dans ma bouche) mais je recommande cette crêperie pour la qualité de leurs produits : ils ne se fournissent que chez des producteurs locaux. Mention spéciale pour la glace à la noix de coco fabriquée par un éleveur laitier du Faou et qui est tout simplement la meilleure que j’ai jamais mangée.

C’est donc fleurant bon l’andouille et la noix de coco que je me suis rendue à mon rendez-vous, après réorganisation DRASTIQUE de ma valise / de mon sac à dos et de l’immense housse pleine de chaussures/couette/produits de beauté. En effet, durant les cinq heures de trajet j’ai eu une illumination : je ne pourrais jamais porter tout ça. Angoisse -> réflexion ->illumination : je vais laisser les affaires d’été dans le coffre de ma voiture, et je reviendrai les chercher quand leur présence sera utile sur l’île (= pas tout de suite)(tu te souviens : « en avril ne te découvre pas d’un fil » ? Bah sur Ouessant, le proverbe s’applique encore plus qu’ailleurs). J’ai donc, sur la place centrale du Faou, rouvert ma valise (que j’avais eu tant de mal à fermer la veille) pour en extraire le maximum de choses. Paye ton air de punk à chien, on aurait dit un campement clandestin. Y’en avait partout. Mais j’ai réussi à faire perdre deux bon kilos à chaque sac ce qui m’a permis de pouvoir à nouveau transporter mes propres bagages (difficilement, OK, mais je pouvais au moins tout porter en une fois) (dieu merci, aucun de mes futurs collègues n’a assisté à l’éruption de mes bagages).

Le Renault Trafic de l’angoisse

Après mon rendez-vous, un petit topo sur le Parc Naturel Régional d’Armorique et la rencontre de quelques collègues, j’ai embarqué pour la deuxième étape du voyage : le trajet Le Faou-Brest dans un camion du Parc (la fidèle Ibiza n’étant pas autorisée sur l’île, et les parking aux embarcadères coûtant deux couilles, il avait été décidé que je la laisserai au Faou et que je viendrai la chercher les weekends quand je retournerai sur le continent) conduit par un monsieur fort gentil mais qui avait compris de travers où il fallait qu’il me dépose…

Heureusement, je me suis rendu compte qu’il n’allait pas du tout au bon endroit. Je tiens à remercier chaleureusement mon angoisse maladive qui me fait tout faire répéter 12 fois à tout le monde (et aussi soupçonner chaque personne dont je dépends d’être débile et donc de vérifier systématiquement si elle a bien compris) au risque de passer pour, au choix, une chieuse ou une gogole, mais qui m’a permis de ne pas me retrouver coincée dans la zone portuaire de Brest avec 72 kilos de bagages un vendredi soir

Une navette départementale nommée Désir

Après remise sur le droit chemin et l’augmentation certaine de ma tension artérielle à cause des embouteillages, je suis arrivée à la gare routière de Brest pour la troisième étape du trajet : LE CAR ! Nous avions 10 minutes d’avance mais j’ai quand même couru telle Dame Ginette avec tous mes sacs (une valise géante, une housse à couette bourrée de tout un tas de truc PLUS la couette, un sac à dos de randonnée, mon sac à main et le sac contenant mon ordi/mes livres/mes outils de dessin) pour trouver le bon car.

 Sex appeal : néant. Je suis, à ce jour, toujours à la recherche de ma dignité.

Ainsi, c’est suante et puante, les cheveux collés au front et en bataille que je me suis (enfin) assise dans le car, non sans avoir rencontré au préalable encore une difficulté, mes divers sacs/valises étant trop volumineux pour les soutes (j’vous jure !). Et c’est royalement à 17H24 que le bus s’est ébranlé, avec 6 minutes d’avance sur l’horaire prévu. Re-augmentation de ma tension artérielle quand j’ai pensé que je n’étais arrivée qu’avec 10 minutes d’avance et que j’ai failli le rater. Merci pour ceux qui sont arrivés à l’heure mais qui ont quand même loupé le car (le dernier de la journée…).

C’est un fameux trois mâts

Une demie heure plus tard, après avoir subi les adolescents au fond du bus nous voilà enfin arrivés pour l’étape (presque) finale de ce périple : l’embarcadère du Conquet, l’un des points de départ pour les îles du Ponant (Ouessant, Molène, Sein…).

Premier weekend de vacances ici. Il y avait carrément foule. Le troupeau va faire la queue. Je vais avec le troupeau. Ma valise chute et son poids m’entraine. Je suis sur le point de me viander avec tous mes paquets, saucissonnée dans toutes les sangles de tous mes sacs quand une dame me retiens par celui que je porte dans le dos. Plusieurs questions se posent encore à ce jour : comment se fait-il que les sangles du sac n’aient pas cédé sous notre poids combiné, à moi et mes valises ? Comment la dame n’a-t-elle pas été entrainée par notre poids total ?

Ça reste un mystère.

Néanmoins, je n’ai point chu ai donc remercié tout en vrac la dame, la providence, les concepteurs de sacs à dos de chez Décathlon (bonne qualité, je recommande) et Sainte Rita (patronne des causes désespérées) et je suis entrée dans la queue. L’une de mes plus grosses angoisses liées à ce voyage était de faire tâche au milieux de tout un tas de gens bien propres sur eux avec mes ballots (et non pas mes « bulots » comme me le propose le correcteurs orthographique de Word qui semble avoir compris que j’étais en Bretagne) dans tous les sens. Eh bien pas du tout. J’étais même plutôt passe-partout étant donné que certaines personnes se trimballaient qui avec une désherbeuse thermique, qui avec d’autres machines-outils ou carrément avec des bosquets entiers (arbustes, pieds de tomates, géraniums et autres dignes représentants du règne végétal) dans des sacs Carrefour. Je n’aurais pas été étonnée qu’il en jaillisse des animaux.

Un quart d’heure plus tard, arrivée devant le monsieur qui valide les billets d’embarquement, je me rend compte que je n’en ai pas. Il m’indique la gare maritime à 50m de là. Le départ est dans 5 minutes. Je lui largue tous mes sacs sur les pieds et je sprinte. J’arrive au guichet à bout de souffle, prête à cracher un poumon si on me contrarie. Fort heureusement, il n’en est rien. J’avais réservé et, grâce à la directrice du musée où je vais bosser qui a appelé après moi pour modifier ma réservation, je bénéficie du « tarif insulaire » (soit 10 fois moins cher que les non-insulaires). Mon billet « tarif insulaire » et moi on retourne vers mon tas de bagages en se la pétant à mort. Mon billet « tarif insulaire », mes bagages et moi, on peut enfin embarquer sur le Fromveur II, fier bâtiment qui fait toute l’année la navette entre Le Conquet et les îles (mais qui n’est pas un voilier contrairement à ce que laisse entendre le titre de cette partie).

Mon billet « tarif insulaire », mes bagages et moi on se met sur le pont extérieur et on se fait immédiatement accoster par un marin nommé D. (par respect de l’anonymat de ce monsieur, je n’ai pas mis son vrai prénom. Et aussi parce que tout le monde se connait ici.) qui veut tout savoir de notre vie : comment on s’appelle, où on va, si on va y rester longtemps, ce qu’on va faire et le numéro de sécu de notre grand-mère. J’abrège. Heureusement, D. est appelé à la manœuvre d’appareillage et je me met sur le pont pour tout voir. On quitte le quai et on sort de la crique du Conquet pour 1h15 de trajet, entrecoupé à mi-chemin d’une escale sur l’île de Molène. Je respire les embruns, je suis bien. Je rentre à l’intérieur car, dans ma grande clairvoyance, j’ai laissé mon manteau dans la valise (qui n’est plus accessible car elle est dans un conteneur à bagages) et que du coup je me pèle les meules.

Arsène (ce prénom là est bien réel en revanche, je n’aurais pas été inventer ça), 4 ans, joue à l’avion devant moi. Il se secoue dans tous les sens malgré les avertissements avisés de son père qui lui signale que sur un bateau on reste tranquille car sinon on est malade. Moi je suis malade rien que de regarder Arsène.

Dix minutes plus tard, ça ne loupe pas : Arsène à le mal de mer et commence à geindre.

Je hais Arsène.

Cinq minutes plus tard, Arsène a un coup de chaud et doit sortir en urgence sur le pont extérieur. Nous revoilà au calme.

Enfin un calme relatif puisque nous sommes en train de passer le Fromveur (oui, comme le bateau. Le Fromveur est la zone de rencontre entre la mer d’Iroise et la Manche (ou l’Atlantique ?) et c’est aussi, donc, une zone de conflit entre différents courants. Par conséquent, ça secoue). Je respire fort par la bouche et je pense au sens de la vie. Pourquoi me suis-je embarqué sur ce bateau ? Pourquoi Arsène ? Pourquoi je m’inflige ça ? etc..

Penser au sens de la vie ne m’aide pas du tout. Je sors sur le pont extérieur. Me les peler ou vomir, j’ai choisi mon camp. Je grelote mais je ne risque plus d’éjecter une galette andouille/œuf/fromage à moitié digérée dans un espace confiné. Je respecte mes camarades de galère. Un quart d’heure plus tard, requinquée et frigorifiée, je rentre à nouveau m’affaler sur un siège près d’une fenêtre.

D.-le-marin me rejoint et glisse dans mon livre un ticket d’embarquement plié en quatre en me disant « tiens, voilà un marque page, ne le perd surtout pas ». Je suis trop malade pour réfléchir au fait qu’un breton inconnu et affublé d’un écrou dans l’oreille gauche vienne probablement de me filer son 06. Nous arrivons enfin, le calvaire se termine. Je vais réfléchir à deux fois avant de retourner sur le continent, le Fromveur c’est pas de la tarte (d’ailleurs, un dicton bien connu ici dit : « Nul n’a passé Fromveur sans connaître la peur » ça vous donne une idée de ce que ça peut être). L’équipage est réuni le long de la passerelle pour nous dire au revoir pendant que nous débarquons. D. me rappelle une fois de plus de ne pas perdre son marque page. Je dis « oui oui » pour qu’il me lâche et vais récupérer mes valises.

IMG_9974 (2)
Entrée du Fromveur II en baie du Stiff. Il ne faisait pas ce temps là le jour où je suis arrivée

The final Kangoo

Et c’est là que l’ULTIME étape du voyage commence (enfin) : une future collègue est venu me chercher au débarcadère en kangoo. Je suis hyper reconnaissante de ne pas avoir à marcher les 6 km qui me sépare de mon logement avec tous mes sacs (#dameGinette). En plus, elle a apporté un vélo. On me le prête pour faciliter mes déplacements sur l’île ! J’arrive au Centre d’Etude du Milieu Ouessantin (CEMO), mon home sweet home pour les quatre prochains mois.

Il est 20h30, le voyage a duré 13h30.

Je suis épuisée.

Ma petite chambre est très petite, mais très au calme. J’ai une vue superbe sur l’océan et le phare du Creac’h (l’apostrophe ne sert à rien, dès que je rencontre un professeur de breton je lui demande ce qu’il fait là. Du coup, on prononce Créache à ce qu’on m’a dit). Dieu merci j’ai un rideau occultant car on reconnait ce phare à ses deux éclats blancs toutes les dix secondes… Ce qui fait beaucoup lorsqu’il est l’heure de dormir, ce qui est précisément l’heure où le phare s’allume. N’empêche, je n’échangerait ma place pour rien au monde tellement je le trouve beau, ce phare qui tournoie dans la nuit.

Ma première soirée, je la passe à aménager ma chambrette (en dessous de 10m², on a le droit d’utiliser ce mot même s’il n’est plus usité depuis le 18e siècle), ranger mes habits dans l’étagère… Je m’effondre littéralement à 23h, terrassée par les 13h30 de voyage et le stress de rater l’un de mes moyens de transport successifs qui retombe.

Pour lire les chapitres suivants

Chapitre 2 : L’exploration

Chapitre 3 : L’exploration (suite)

Chapitre 4 : L’exploration (fin)

Chapitre 5 : Ce que j’ai appris

Chapitre 6 : Marie B. travaille

 

 

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