Ouessant : l’exploration (1/3)

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Marie B. à Ouessant – Chapitre 2

L’exploration


Le ravitaillement

C’est après une nuit de 12h que je reprends mes esprits et attaque mon premier jour en tant qu’îlienne ! Je suis super excitée, en plus il fait super beau. Du coup, j’enfile ma panoplie de la parfaite exploratrice : gros pull en laine, jean’s, chaussure de rando, k-way et j’enfourche mon vélo, direction le bourg de Lampaul, la « capitale » de Ouessant, à 2km de là. J’ai les yeux grands ouverts tellement je veux tout voir : la lande, les oiseaux (je sens poindre en moi une nouvelle passion pour l’ornithologie), les gens, les paysages, l’océan… J’avale les faux-plats comme Christopher Froom la montée de la Pierre-Saint-Martin (et je vous prie de croire qu’il y en a, du faux plat. Cette île toute entière n’est qu’un gigantesque faux plat !) (avez-vous noté que je viens de faire une blague relative au cyclisme ?) et j’arrive à bout de poumons au bourg. Je range mon vélo et pousse la porte de l’Office du Tourisme. La dame me donne gentiment une carte de l’île et je repars.

J’explore le bourg : je lis la carte des restaurants (j’adore faire ça. C’est selon moi la meilleure manière de découvrir la gastronomie – et donc une bonne partie de la culture – d’un lieu, d’une région) (et à cette occasion découvre qu’il existe un plat intitulé « ragoût sous la motte » dont je vous parlerai plus tard), je repère La Poste et ses horaires (HYPER IMPORTANT), la pharmacie, les supérettes, le bar, les vendeurs de cartes postales (HYPER IMPORTANT BIS)…

Mais mon premier objectif est bassement terre à terre : j’ai la dalle, il faut que je fasse les courses. Si je n’avais pas eu des collègues aussi cool, j’aurais pu me demander comment ramener l’énorme panier  de provisions qu’on est obligé d’acheter lorsqu’on fait ses premières courses quelque part. Vous savez, ce panier où on doit racheter tous les produits de base parce qu’on a rien ! Mais heureusement, ils m’avaient appris que TOUTES les supérettes de l’île livrent GRATUITEMENT les courses. Alors je ne me suis pas privée et c’est le vélo léger et le vent dans le dos que je suis repartie vers de nouvelles aventures, c’est-à-dire le Musée National des Phares et Balises.

Marie B. au phare Ouest

(dieu que je suis fière de mon jeu de mot)

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Situé dans le phare du Creac’h, ce musée est assez cool, ne serait-ce que pour le bâtiment (qui est aussi celui où je bosse) (oui, j’ai un bureau face à l’océan. Oui, vous avez le droit d’être jaloux). L’exposition est dans l’ancienne salle des générateurs électriques et on apprend plein de choses grâce aux témoignages (sonores ou écrits) des anciens gardiens de phares ou de leur famille. Je vous livre mes deux anecdotes préférées.

La première est racontée par la fille d’un gardien de phare et elle explique qu’avec ses frères et sœurs ils se battaient pour monter son repas à leur père lorsqu’il était de veille au phare (tout en haut) car pour redescendre, ils glissaient sur la rampe de l’escalier (une très très longue et très très drôle glissade je pense !). Ils ont arrêté le jour où la fille s’est faite chopper par sa mère avec une grosse trace noire sur sa robe neuve et qu’elle lui a demandé d’où ça venait. Gros temps pour la louloute.

Ma deuxième anecdote préférée, c’est les femmes qui la racontent. Au Creac’h, les gardiens étaient 6 pour se relayer tout au long de la journée. Ils vivaient sur place avec leurs familles. A l’époque (fin des années 50), le phare était le seul bâtiment de l’île à avoir de l’électricité grâce à une centrale à fioul (ou au mercure). Habituellement, l’électricité n’était allumée qu’à la tombée de la nuit, lorsqu’il fallait allumer la lanterne. Quand tout le monde dormait quoi. Mais les jours de brouillard, quand la lumière n’était pas assez visible, la corne de brume était enclenchée en pleine journée. Et là, les femmes se ruaient toutes sur leurs fers à repasser. Et si la brume se levait, le gardien de quart laissait la corne un peu plus longtemps… Au cas où la brume revienne certes, mais aussi pour finir les piles de linge !

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Vue de l’intérieur du musée. Ceci est une optique de phare.

Avant de quitter le musée, je m’arrête à la librairie-boutique et j’achète un livre sobrement intitulé Les phares qui regroupent plusieurs récits de différents auteurs, dont une autobiographie d’un ancien gardien de phare, écrite pendant ses longues heures de quart dans le phare d’Ar men, en pleine mer (pour vous donner une idée, les phares en pleine mer étaient appelés les « enfers » par les gardiens en comparaison avec ceux situés sur la Terre ferme qui étaient les « paradis ». Je suis en train de le lire, c’est pas joyeux-joyeux. Je serais pas étonnée qu’il se pende à la fin).

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Pinnipède toi-même

En partant du phare, je suis retournée au bourg car j’avais plusieurs choses à demander à l’Office du Tourisme, et notamment cette question CRUCIALE : D’OU QU’ILS SONT LES PHOPHOQUES ?!(car oui, depuis que je sais que je vais bosser à Ouessant, je suis surexcitée parce que la région abrite de nombreux phoques, et même des colonies). J’ai donc sorti une carte et demandé à ce qu’on m’y indique à grand coup de petites croix les endroits où la présence des pinnipèdes a été avérée récemment. J’achète également un guide des randonnées à faire sur l’île et je repars, non sans m’arrêter devant Ouessantine Production, éditeur indépendant de cartes postales qui en vend des un peu originales. Je rentre et là on me dit : « Vous êtes Marie B. ! Bonjour ! ». J’en suis restée SCOTCHEE. Je ne savais pas que ma célébrité avait atteint les îles du Ponant, j’avais pensé être tranquille dans ma retraite insulaire… Le type, voyant mon air estomaqué me dit : « J’ai reconnu votre vélo, je suis l’un de vos collègues ! » (autant pour mon égo, c’est le vélo qui m’a trahie 😉 ). Et c’est là que j’ai réalisé qu’en fait, tout le monde se connait à Ouessant.

Dominos, Côtes-d’Armor et Kig Ha Farz

Après ce petit intermède riche en jme-la-pétage,  je suis rentrée chez moi attendre ma livraison et me reposer. Quand elle est arrivée, je suis allée à la cuisine commune histoire de changer des soupes de nouilles instantanées et, accessoirement, sociabiliser un peu.

Un groupe de joyeux joueurs de dominos occupaient le réfectoire bruyamment et vinicolement. Je me suis greffé à la marge du groupe avec mon plat de pâtes et mes carottes râpées et on a discuté. En fait, ils étaient là pour un stage de breton sur un weekend (et entre les cours, ils en profitaient pour comparer les cépages français en cubi). C’est au cours de cette discussion que j’ai appris plusieurs choses :

  • Tout d’abord, que j’ai une tête de bretonne, puisque l’un des participants à la folle partie de dominos m’a péremptoirement affirmé, après m’avoir jeté un bref coup d’œil : « Vous, vous êtes des Côtes-d’Armor !». Non.
  • Ensuite, qu’il existe un plat appelé le Kig Ha Farz. Il s’agit d’une spécialité de la région du Léon en Bretagne. En gros, c’est un pot au feu dans le bouillon duquel on met à cuire dans des sacs spéciaux deux pâtes à far (vous savez, ce flan aux pruneaux ?) : l’une au blé et l’autre au sarrasin. Quand tout à bien mijoté ensemble, on fait fondre une plaquette de beurre (salé !) entière à la casserole, on émiette le far au sarrasin, on coupe le far au blé en tranches et on arrose généreusement le tout (la viande, les carottes, les poireaux…) de beurre fondu. Il parait que c’est à la carte de tous les restaurants du coin (ça m’aurait échappé apparemment) alors je vous prie de croire que je vais aller tester ça (je vous attends tous de pied ferme)!
  • Qu’il y avait habituellement « un petit coup de vent» (= une giga tempête) « aux alentours de la mi-avril » (bientôt donc) « quand il y a la marée avec le gros coefficient » . « D’ailleurs, c’est pour ça qu’on met pas les bateaux à l’eau tout de suite ». J’attends ma première tempête avec autant d’appréhension que d’impatience!

 

  • La viande, il faut aller l’acheter au Marché des Îles, la supérette au bout du bourg car c’est là qu’elle est la meilleure.

 

Je suis sortie de table et suis allée prendre un repos bien mérité avant d’attaquer ma journée du lendemain, dernière journée d’inactive et surtout, celle du début de ma quête sur l’île, que dis-je de mon GRAAL : voir des phoques.

 

C’est donc guillerette que je me suis réveillée à 8h30 pour mon deuxième jour sur Ouessant.

Après le petit déjeuner ( = un thé au citron), j’ai fait mon sac avec une bouteille d’eau, la carte de l’île avec les petites-croix-spéciales-phoques et le guide de randonnée. Au programme, le quart Sud-Est de Ouessant.

Ce billet étant déjà très long, je vous dis à suivre…

Lire les autres chapitres de mes aventures ouessantines

Chapitre 1 : L’arrivée

Chapitre 3 : L’exploration (suite)

Chapitre 4 : L’exploration (fin)

Chapitre 5 : Ce que j’ai appris

Chapitre 6 : Marie B. travaille

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