Où il est question de mon karma (début)

 

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Couverture du livre Grand Mère aime pas les Viltansous de Julien Weber-Acquaviva Le livre est disponible ici

Marie B.à Ouessant – Chapitre 10

(une histoire de revenants avec de vrais morceaux de souris morte dedans)

[aucun papa n’a été maltraité  durant l’écriture de cet article]

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des croyances et légendes de l’île (même si, vous vous en doutez, c’est surtout pour avoir l’occasion de vous raconter une anecdote qui m’est arrivé personnellement…)

Les ouessantins ont toujours été un peuple très croyant, mais aussi très superstitieux. Et c’est sûr que d’habiter ici, dans cet environnement si particulier, dans ces paysages si torturés n’y est pas étranger. En ce qui me concerne, je comprend tout à fait qu’avec le climat qu’il y a ici (voir mon article précédent), les imaginations aient tendance à s’emballer, surtout à l’époque où l’île était quand même coupée du monde quelques mois dans l’année parce qu’il était trop difficile d’y accoster.

Je prends l’exemple du CEMO, car c’est là que j’habite. Il y a un très très long couloir intégralement vitré, du sol au plafond. Eh bien je vous jure que de nuit, quand le vent hurle (oui, hurle, car passé un certain volume sonore, on ne peut plus simplement dire qu’il souffle) sur la lande dans la brume et que la pluie fouette les vitres, je réfléchis à deux fois avant d’aller aux toilettes car je flippe à mort. Le vent qui s’engouffre sous les portes, dans les fenêtres et autour du bâtiment fait des bruits étranges, et j’imagine aisément que dans une vieille maison où il n’y avait ni chauffage, ni électricité, quand on entend des trucs comme ça toutes les nuits, on se mettent à croire profondément aux revenants, aux viltansous et autres morganed.

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Grand-Mère aime pas les Viltansous, Julien Weber-Acquaviva, éditions du Rhu

A tes souhaits

D’après ce que j’ai compris, les viltansous sont de petits êtres, mi-lutin mi-feu follet qui provoquent chez les humains les accidents du quotidiens : objet perdu, verre renversé, bosse sur le front car on s’est cogné… Et surtout, ils aiment danser sur la lande à la nuit tombée en se moquant des gens qu’ils ont embêté la journée.

Un chouette projet sur les Viltansous financé sur Ulule ici

Quant aux morganed (il me semble que c’est le pluriel de « morgan »), il s’agit d’un peuple de sirènes (mâles et femelles) qui vivraient dans un palais au fond de la baie de Lampaul.

Pour lire une légende sur les morganed

Quand à moi, j’ai plus l’impression d’être victime des spectres de mes ennemis morts au combat qui reviennent me hanter. #kaamelottforever ❤

Je la montre à ces messieurs

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Chat électronique, censé faire fuir les rongeurs…

Pour que vous ayez la genèse de l’histoire, je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivé lorsque j’étais ado, il y a maintenant 10 ans.

J’ai donc 16 ans, il est 7h45 du matin et mon père (qui nous amène tous les matins au lycée en allant au travail mon petit frère et moi) klaxonne comme un forcené devant la porte car nous sommes en retard (le lycée ouvre à 8h, son boulot aussi et nous avons 20 minutes de trajet).

Pour moi, tout roule : je ne suis pas habillée, pas coiffée et mon sac de sport n’est pas fait. Je glande en slip sur mon lit (j’étais probablement en train de lire). C’est la fin des vacances de la Toussaint où, pour une fois, j’avais vidé ledit sac, je l’avais laissé s’aérer et j’avais MÊME lavé mon survêtement. Dans la panique des préparatifs (klaxon – klaxon – klaxon – hurlement – klaxon – menaces – klaxon – klaxon – vociférations – klaxon – etc.), j’enfile le premier fut’ qui passe, pull/t-shirt, j’attrape mon sac de sport (besace en matière simili-plastique) et je commence à bourrer dedans déo, survêt, t-shirt de sport et c’est échevelée, mi-nue (sans manteau, chaussettes ou écharpe…) que je me rue vers la voiture avec le reste de mes affaires dans les bras, dont ma brosse à cheveux et une tartine.

J’ouvre la porte arrière, je jette tout le saint-frusquin dans la voiture, je me jette par-dessus et mon père démarre dans un crissement de pneu et une bordée de jurons (quelque chose à propos d’être en retard).

Maintenant, j’aimerais faire un petit point « espace-temps ». Le récit qui va suivre se déroule en moins de 2 secondes.

Pendant que je décoince ma brosse à cheveux de sous mon auguste séant (je suis une Lady et les Ladies ne parle pas de leur « gros boule ». Elles ont un « auguste séant ». Ou un « fondement » à la rigueur), j’attrape mon sac de sport pour y ranger correctement les affaires qui y sont pour l’instant seulement bourrées. Je vide, je vide, je vide (pour mieux re-ranger mon enfant). Tout soudain, j’attrape une chose que je n’identifie pas immédiatement (ce qui est étrange, car quand même, c’est mon sac de sport personnel après tout). Je regarde alors ce que j’ai attrapé à pleine main gauche. Je n’identifie pas. Je crois que mon cerveau fait un déni. Pendant ce temps, je pense :

Voix intérieure, fixant le machin :

*Tiens, c’est quoi ça?*

*C’est marrant, c’est mou.*

*Tiens, c’est poilu aussi*

(#commemabite)

*Je suis à peu près sûre que ce n’est pas censé être dans mon sac de sport ça*

*A la réflexion, on dirait quand même vachement une souris…*

*Ah oui, elle n’essaye pas de s’échapper mais c’est bien une souris*

*Comment j’ai fait pour réussir à attraper une souris ?*

DING DING DING DING DING ! WE HAVE A WINNER !

Eh oui Marie, tu as bien deviné, cette souris que tu tiens à pleine main est décédée !

A ce moment-là, je suis repassée en voix extérieure et mon cerveau reptilien a averti tous les êtres humains dans un rayon de 25 km qu’un danger menaçait : j’ai donc hurlé (et aussi j’ai balancé la dégueulasserie le plus loin possible de moi) (c’était un réflexe, mais pas un bon). Mon père, terrorisée par ce qui venait de lui exploser le tympan droit (et probablement le gauche aussi) a pilé.

La voiture avait en tout et pour tout parcouru 1 m. Après il s’est mis à me demander en hurlant ce qui me prenait pendant qu’une odeur atroce de putréfaction se répandait dans la voiture et que je hurlais  « UNE SOURIS MORTE UNE SOURIS MORTE BAH BAH BAH C’EST DEGUEULAAAASSE !!! » (oui, c’était l’un de ces matin riches en décibels chez la famille Bambelle) (je pense que nos voisins nous haïssaient).

Mon frère commence à rigoler. Papa Bambelle me demande de sortir la souris de la voiture, ce à quoi je réponds : « non, je n’y retoucherai jamais. D’ailleurs, je l’ai perdue ».

Oui, j’avais PERDU la souris morte dans la voiture.

Oui, nous étions toujours en retard.

Mon père se détache, s’extrait de derrière le volant en grommelant probablement des jurons (genre « vérole » qui est son gros mot préféré), ouvre l’autre portière arrière et commence à fouiller mon fatras (car souvenez-vous, c’est en essayant de le ranger que j’étais tombé sur la Chose) « non » je lui dis, « je l’ai jetée devant ». « MAIS POURQUOI TU L’AS JETÉE ???! » fût la réponse.

A ce stade de la conversation, j’étais

  1. une ado en manque de sommeil qui n’avait pas envie d’avoir sport ni de finir les vacances (j’ai toujours détesté les cours de sport du lycée)
  2. dépassée par les évènements.

J’ai donc fais ce que je fais toujours dans ces cas-là, notamment en situation de stress : j’ai commencé à rigoler bêtement (j’ai tendance à glousser comme une dinde hinhinhin), ce qui a encore contribué à énerver mon père qui avait une souris crevée quelque part dans sa voiture (la fidèle Seat Ibiza qui était encore dans ses fringantes années, mais déjà défoncée par le sanglier non moins fringant (moins après la collision ceci dit)) et qui était en retard au boulot.

En continuant de beugler, il a fini par trouver la responsable de l’odeur (« c’est pas humain cette odeur » a-t-il dit) (je confirme) coincée sous le siège conducteur (dieu merci, elle n’était pas allé se loger dans la ventilation, ou PIRE, s’y COINCER !) (j’ai des frissons rétrospectifs rien que de penser que ça aurait pu arriver). Il l’a sortie et nous avons pu reprendre la route du lycée. Personnellement, j’avais la main par la fenêtre pour ne pas sentir l’odeur qui en émanait.

Cette histoire fait rire ma famille entière depuis 10 ans maintenant.

Pourquoi tu nous racontes ça? (bis repetita)

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Le vilain coupable

Je pensais que la très-très-sombre-histoire-de-la-souris-morte-et-du-sac-de-sport-puant appartenait à mon passé.

Mais une après-midi de la semaine dernière, travaillant dans « mes » réserves, j’étais benoitement en train de dépoussiérer des objets dont un « magnifique » sabot d’intérieur en paille tressée (oui, un sabot d’intérieur). Pour qu’il conserve sa forme, il avait été bourré d’un papier roulé en boule. Je commence par l’extérieur, seule dans ma réserve en train de chantonner du Joe Dassin. Je tire sur le papier dans le but de le remplacer par un propre et là, qu’est ce qui me tombe dessus ? Je n’ai même pas envie de l’écrire tellement c’est évident (et aussi tellement ça me dégoûte). J’ai donc, tout en même temps :

  1. hurlé « Hiiiiiiiiiiiiii » à la limite des ultrasons.
  2. jeté le chausson et la souris le plus loin possible de moi (réflexe)
  3. sautillé sur place en tournant sur moi-même et en battant des mains (pourquoi ?!)
  4. Répété « Haaaa dégueu dégueu dégueeeeeeuuuuuu !!!! » en criant
  5. Et enfin j’ai couru hors de la réserve toujours en battant des mains comme un oiseaux nain, cette fois en braillant « souris mooooooorte» (pourquoi ?! bis) et…

Et c’est là que j’ai croisé la directrice du musée (crédibilité grillée) qui, m’ayant entendu crier et inquiète, pensait que je m’était électrocutée.

« Ca va ? » elle me dit.

« Souris morte » j’ai répondu.

Après j’ai vomi.

(ma crédibilité est carrément passé dans le négatif).

Je suis revenue dans les réserves et elle était en train de contempler la situation (chausson et souris en vrac sur la table, aspirateur jeté au sol…). Je suis allé à l’atelier, j’ai pris une pince et, comme il y a dix ans, j’ai commencé à rigoler bêtement en choppant la Bête par la queue pour la mettre à la poubelle (j’avais mis des gants pour tenir la pince). Une collègue qui avait aussi entendu les cris est venu pour me rappeler que ce n’est pas la petite bête (morte) qui mange la grosse. Merci Cap’tain Obvious. Après, je ne gère pas mon réflexe de survie. Souris morte = je cours, c’est tout. Certains chevaux ont peur de leurs propres pets, je trouve que je m’en sors mieux et on devrait me féliciter pour ça!

Bref, je ne peux pas croire que ça me soit arrivé. ENCORE ! Certaines personnes passeront toute leur vie sans jamais ne serait-ce que VOIR une souris décédée. Moi j’en ai touché (beuargh) deux ! C’est injuste.

Qu’ai-je fait dans mes vies antérieures pour mériter ça ?

Pour ce qui précède, je n’ai pas la réponse à cette question (que peut-on avoir fait karmiquement parlant pour mériter d’être harceler par des souris en putréfaction ?). En revanche, pour l’histoire qui suivra dans le prochain article, je pense que regarder dans mon passé au chapitre « Avignon » peut apporter un début de piste…

A suivre donc (HAAAANNNNN!!! Le cliffhanger de malaaaaade)

 Vous avez aimé cet article? Vous en voulez encore?

Les autres chapitres sur Ouessant sont ici

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16 réflexions sur “Où il est question de mon karma (début)

  1. Marie, tu es folle et je me suis régalée ! Comme d’habitude !!
    Hâte de lire le prochain sur Avignon alors !
    (C’est drole car moi aussi aujourd’hui j’ai publié une histoire degeulasse! )

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  2. Salut ! J’ai découvert l’existence de ton blog hier, j’y suis venue en courant car je vais régulièrement en vacances sur « ton » ile, et franchement je viens de me marrer comme jamais en lisant un blog ! Allez on est copines on a qu’à dire ! Bon vent pour la suite, et quant à moi, je reviendrai !

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    1. Merci de ton commentaire flatteur! Je suis très étonnée d’être capable de faire rire les gens, ce n’était pas du tout le but à la base, quand j’ai commencé à écrire! Mais je trouve ça plutôt chouette!
      Ce n’est « mon » île que pour encore un mois, et après, je repartira comme dit la chanson… Vers de nouvelles aventures! 🙂

      J'aime

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