Le Tour du Monde en 72 jours : un reportage de Nellie Bly.

Très curieux, très curieux ! se disait Passepartout en revenant à bord. Je m’aperçois qu’il n’est pas inutile de voyager, si l’on veut voir du nouveau.

Jules Verne, Le Tour du Monde en 80 Jours

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Si vous êtes là, à me lire aujourd’hui, c’est que vous êtes comme moi : vous aimez le Voyage, sous toutes ses formes. Peut-être même que –  comme moi également – vous portez en vous des convictions féministes. L’ouvrage que je vais vous encourager à lire aujourd’hui est donc fait pour vous.

Je vous ai dit dans ma précédente chronique lecture que je m’étais réinscrite à la bibliothèque et que j’y avais trouvé par le plus grand des hasards Le tour de France des Villes incomprises. L’histoire est ici un peu la même. Je me promenais dans les rayons quand je vois soudain apparaitre un nom que je n’avais appris que très récemment : celui de Nellie Bly.

Vous avez de la chance, deux conseils lecture pour le prix d’un (ou : Comment j’ai connu Nellie Bly ?)

En effet, je suivais depuis quelques mois le blog en bande-dessinée de Pénélope Bagieu intitulé Les Culottées (blog malheureusement terminé, mais heureusement 1- les BD sont toujours en ligne et 2- un album papier a été publié, à mettre entre les mains de toutes les petites et grandes filles).

Ce blog a pour ambition de mettre en lumière des destins de femmes qui ne s’en sont pas laissé conter par le machisme ambiant de leur époque et qui ont eu des destins remarquables. Le choix des personnages présentés est très éclectique, allant d’Agnodice, première gynécologue de l’Antiquité grecque à des personnalités beaucoup plus contemporaines comme Katia Kraft (volcanologue) ou Mae Jamison, première femme (noire qui plus outre) à avoir été dans l’espace en passant par Phulan Devi une « cheffe des bandits » indienne, une reine africaine, une féministe du Moyen-Orient… Tous les continents et pas mal de métiers sont représentées (exploratrice, chanteuse, actrice-inventrice…)

Le but est de permettre aux petites filles (et aux grandes) d’avoir des modèles d’identification célèbres (pour que bientôt, plus aucune d’entre nous n’ait de barrières psychologiques et ne se dise « je ne peux pas, je suis une fille ») (et surtout pour ne plus se le laisser dire par personne) et de rendre hommage à ces femmes dont le rôle dans l’Histoire a trop souvent été passé sous silence.

Ainsi, chaque lundi sur son blog hébergé par Le Monde, Pénélope Bagieu, talentueuse autrice de BD, publiait une planche retraçant la vie de l’une des héroïnes qu’elle a choisi.

 Toute cette longue digression pour dire quun billet était consacré à Nellie Bly, aka Elizabeth Cochran, autrice du bouquin dont je vous parle aujourd’hui : Le Tour du Monde en 72 jours, un reportage de Nellie Bly.

Je vous invite à aller dévorer cette BD avant de continuer la lecture de cet article (oui vous avez le temps, c’est qu’une petite BD de rien du tout).

C’est fait ?

Bien, continuons.

La naissance du bouquin

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Nellie Bly

Pour les petits flemmards parmi vous (oui je t’ai vu te cacher dans le fond), sachez que Nellie Bly était une journaliste, l’inventrice du journalisme d’investigation immersif (l’ancêtre de Cash Investigation, c’est elle) et surtout, qu’elle a fait le pari fou pour son journal de faire le tour du monde en moins de temps que Philleas Fogg, le héros du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne.

C’est ainsi qu’est paru ce reportage : Le Tour du Monde en 72 jours qui a carrément déchainé les passions à l’époque ! Le patron du journal, fin stratège, avait organisé un concours : la personne qui devinerait avec le plus d’exactitude le temps qu’elle mettrait à  accomplir sa « circumnavigation » (j’adore ce mot) à la seconde près (jour, heure, minute, seconde) gagnerait un séjour en Europe tout frais payés par le journal. Super coup marketing : plus de 900 000 bulletins de paris ont été renvoyés au journal. Sachant qu’il n’y avait qu’un bulletin par exemplaire, faites le calcul. Ça fait beaucoup de journaux vendus.

Ça raconte quoi ?

1-2-1962-25-ExplorePAHistory-a0m0f0-a_349Le 14 novembre 1889, avec l’accord de son rédacteur en chef (rien de moins que Joseph Pullitzer) Nellie Bly embarque pour une traversée de l’Atlantique. S’en suivront quelques 24 étapes en train, diligence ou bateau jusqu’au moment où elle reposera le pied à Jersey City exactement 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes plus tard. C’est-à-dire deux mois et 11 jours après son départ.

Pourquoi ce livre m’a plu

J’ai aimé et ai été étonnée par sa façon de faire.

Je n’ai appris son existence que récemment et je me sens très proche de ses pratiques. A plusieurs reprises dans le livre elle explique son besoin d’encourager les autres femmes à faire la même chose, à partir… Elle explique qu’elle veut montrer l’exemple.

Je n’ai pas fait autre chose quand je suis partie marcher (récit ici, chez ma copine Laure).

Elle raconte aussi qu’elle veut déjouer les stéréotypes (du style les femmes ont trop de bagages) et rabattre le caquet des hommes qui lui ont dit qu’elle n’y arriverait pas (et guess what ? Ça a été mon principal moteur quand je marchais. Leur prouver qu’ils avaient tort. Tête de cochon un jour, tête de cochon toujours!).

Exemple du genre de réflexions qu’elle a eu à supporter avant son départ

(et perso, ça me fait bouillir)

« Vous n’y arriverez jamais! Vous êtes une femme, vous aurez besoin d’un protecteur et même si vous voyagez seule, il vous faudrait emporter tant de bagages que ça vous ralentirait. En plus vous parlez uniquement l’anglais. Rien ne sert d’en débattre, seul un homme peut relever le défi.« 

ARGH ! C’était il y a 127 ans et aujourd’hui, la situation n’a pas trop évolué…

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Nellie, sa tenue de voyage et son « tant de bagages que ça vous ralentirait ». En effet, c’est impressionnant…

Autre raison de m’identifier à elle : elle aussi, elle a eu peur avant de partir. Au moment des adieux avec ses proches, elle pleure et n’arrive pas à dire au revoir. Tous les voyageurs ont connu ça un jour j’imagine. On brûle de partir, mais on a aussi envie de rester, finalement… On n’a pas envie que la vie que nous partagions avec les autres continue sans nous. En ce qui nous concerne Mich et moi, les évènements qui s’annoncent pour la période où nous serons partis c’est des tas de bébés – dont des neveux et nièces – des mariages, des baptêmes… La vie quoi ! C’est dur de se dire qu’on va manquer des trucs…

Ce que j’ai VRAIMENT moins apprécié dans ce livre

… Mais j’imagine que c’est un point noir commun à tous les livres écrits fin 19e, début 20e : le racisme.

Nellie Bly est une femme de son époque, et, à cet égard, elle tient dans ce bouquin des propos qui, s’il étaient socialement acceptables dans les années 1880, ne le sont PLUS DU TOUT aujourd’hui.

Alors certes, c’est fait candidement et elle pose sur les autochtones qu’elle rencontre au Moyen-Orient et en Asie un regard d’analyse avec les outils dont elle dispose, en tant que femme des années 1880 (peu d’éducation, en pleine époque colonialiste…).

Alors certes, il ne s’agit pas vraiment d’un livre, mais d’un reportage qu’elle a écrit au fur et à mesure pour les lecteurs de son journal. Reportage qui met en avant le point de vue que veulent lire ses lecteurs dans son journal. Et elle était corrigée par son rédacteur en chef.

Mais elle flirte parfois avec la comparaison entre les peuples et j’avoue avoir été maxi-gênée à certains moments.

Je trouve que c’est toujours plus difficile de juger un livre qui n’a pas été écrit à notre époque, et ça déclenche systématiquement en moi des questions du type : doit-on encore lire des bouquins pareils ? Jusqu’où aller ? Mais en même temps, c’est des « classiques », non ?

Je n’ai pas la réponse et je crois que je continuerai à me poser la question longtemps encore, au hasard de mes lectures (parce que soyons clairs, si j’avais su avant de lire, je n’aurais probablement pas ouvert le bouquin).

Mais vous, vous êtes prévenus. Du coup, faites comme votre sensibilité vous porte.

Moi je suis tout de même heureuse de l’avoir lu, parce qu’il est rythmé, passionnant et parce que c’est un récit de voyage écrit par une femme ce qui, encore de nos jours, ne court pas les rues. En outre, il serait dommage de la réduire à ces mots là,elle qui a tant fait pour la défense des faibles, et notamment pour la cause féminine.

Pour aller plus loin :

N’oubliez pas, si vous achetez un livre, faites le chez un libraire, un vrai !

Amazon pratique des prix qu’eux ne peuvent pas se permettre et en plus, ne paye pas ses impôts en France (et traite très mal ses employés). Je sais que le prix est souvent le moteur du choix, mais je vous propose trois alternatives  :

  • abonnez-vous à la bibliothèque de votre ville. Moi c’est gratuit, et je peux lire autant que je veux.
  • pensez aux initiatives, du type Recyclivre, qui vendent à prix réduit des livres d’occasion et se servent des bénéfices des ventes pour financer des programmes d’alphabétisation, d’accès à la lecture et à la culture.
  • fournissez vous chez Emmaüs. Il y en a forcément un près de chez vous et le choix est souvent énorme au niveau des livres. C’est vrai, il faut fouiller, mais j’ai trouvé des dizaines de livres à des prix défiant toute concurrence : 5 livres de poche pour 1€, qui dit mieux ?
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