Budapest : quand ta grand mère rencontre Lewis Caroll, ça donne un ruin pub

 

Après cette merveilleuse journée passée auprès de Sissi, l’une de mes idoles (rassurez-vous, la féministe en moi a bien d’autres idoles que les princesses) (je vous en parlerai un jour), nous ne pouvions nous résoudre à aller nous coucher comme ça, bêtement. Les thermes où nous avions tenté d’aller nous baigner étaient fermés, alors ni une ni deux, nous nous sommes rendus dans cette Institution sans laquelle un voyage à Budapest ne serait pas vraiment complet : j’ai nommé les Ruin Pub.

Mais dis nous Tante Marie, c’est quoi un ruin pub ?

Et bien mon enfant, un « ruin pub » ou « ruin bar » (j’ai lu quelque part la traduction française « bar en ruine » mais je la trouve très laide et loin d’être adéquate) c’était à l’origine un endroit un peu secret, abandonné, un peu décati (un peu en ruine quoi !), où était créé un lieu atypique entre le bar, la salle de concert, l’expo d’art contemporain… Meublés de bric et de broc avec des objets récupérés un peu partout, ils n’étaient connus que des artistes et des acteurs de la vie underground de la ville. Les lieux étaient, par définition, éphémères car les immeubles dans lesquels ils ouvraient étaient par la suite réhabilités ou détruits.

Aujourd’hui, les choses ont un peu changé.

Certains des ruin pubs sont pérennes (et ne sont donc plus de squats) mais d’autres ne passent qu’une saison et de nouveaux apparaissent chaque année car leur popularité a dépassé les frontières de Budapest, et même de la Hongrie. En effet, c’est devenu un incontournable lorsqu’on visite la ville : on vient du monde entier pour aller boire un coup dans ces ambiances si spéciales et le plus souvent, les ruin pubs payent un loyer au propriétaire des lieux et ont une existence légale auprès des autorités car ils reçoivent du public. Vraiment beaucoup de public en fait, depuis que le premier d’entre eux, le Szimpla Kert, a été désigné comme étant « le 3e meilleur bar du monde » par Lonely Planet.

Bref, le ruin pub, c’est un peu LE truc hipster à faire à Budapest.

Du coup, j’aimerais vous dire que je suis quelqu’un qui est toujours en avance sur la tendance, un genre de before the trendytude et que je nous ai emmené dans un endroit encore méconnu des touristes, petit bar caché mais super génial qui sera méga célèbre d’ici quelques mois.

Je vais briser vos illusions : je ne suis malheureusement pas ce genre de personne.

Moi j’ai découvert Snapchat 5 ans après tout le monde (et je galère encore à m’en servir).

Du coup, nous sommes allés dans LE ruin pub pour touristes de Budapest, presque aussi célèbre que le Szimpla Kert. Un genre d’institution de l’underground (vous le voyez le paradoxe), bref, le mainstream de la hype (oui, je parle comme une hipster et ça ne veut rien dire) : l’Instant Pub.

Ça n’a pas empêché que notre virée là-bas soit une expérience géniale.

Une soirée à l’Instant pub

entrée instant pub budapest

A notre arrivée, un mec en t-shirt Superman se fait refouler juste devant nous par le videur qui surveille l’entrée.

Dégoutée d’avance, je me dis qu’on ne va jamais rentrer, que comme dans la majorité des boites, il y a un certain dress code à avoir et qu’on n’est certainement pas assez chics. Je rappelle que je porte toujours ma marinière bretonne achetée quand j’ai quitté Ouessant.

Mais j’ai été médisante : deux secondes trente plus tard, alors que nous venons de passer la porte sans problème (ce qui m’arrange, je n’aurais pas aimer me faire snober par un videur hongrois. Et puis je ne sais pas dire « Non non mais ça va pas être possible mademoiselle, vous êtes trop fatiguée ce soir » en hongrois), j’aperçois un type en toge avec une couronne d’épines, visiblement déguisé en Jésus. Je cligne des yeux deux ou trois fois, histoire d’être sûre. Oui, Jésus est toujours là. Ok, il n’y a peut-être pas de dress code…

Décor oniriques (ta mère) et bière à 1€

Je me détourne du rédempteur (non, j’ai aucune morale : je vous colle des chants de Noël en plein mois de Juillet et j’ai même pas honte) pour découvrir les lieux où nous venons d’entrer, c’est à dire un hall d’immeuble 19e genre Haussmannien tout à fait banal : dallage en damier irrégulier au sol, escalier tournant en pierre avec une rampe en métal et en bois, portes sur les paliers (2e étage gauche, 4 étage droite…)… Au-delà de sa porte cochère, il y a aussi une petite cour intérieure autour de laquelle tournent les coursives des étages.

Enfin « immeuble banal », mais au premier abord seulement… Car les murs sont recouverts de papiers peints très originaux ou de graffitis, toutes les portes sont ouvertes et on entend simultanément au moins trois morceaux de musique de styles complètement différents dans le tourbillonnement des lumières multicolores (genre country, pop et techno…).

J’écarquille les yeux et prend un instant de réflexion au milieu de hall. Par où commencer ?

« Il y a de ces endroits qui ne se racontent pas, mais qui se vivent. »

Voyages à Deux

Mon amoureux et moi on est tout intimidés : nous ne savons pas où nous avons le droit d’aller (SPOILER ALERT : la réponse est PARTOUT) et nous ne nous sentons pas très à notre place. Dans le doute, nous nous mettons à suivre un groupe de joyeux lurons (complètement saouls) qui monte dans les étages.

Au premier, nous débarquons sur la coursive et nous tombons nez à nez avec le ciel du patio (qui est donc à hauteur de nos yeux puisque nous sommes au premier étage, si vous suivez bien).

Maintenant, non seulement j’ai les yeux écarquillés, mais en plus je suis bouche bée.

Les dépliants que nous avions vu à l’Office du Tourisme parlaient de forêt enchantée, c’est un peu ça. Une centaine de lapins en carton bondissants forment une nuée dans les airs.

Instant ruin pub budapest
Source : tourdumonde.fr

Au centre du patio, un arbre pointe ses branches pleines de guirlandes vers le ciel.

 

Et, pièce maîtresse dominant le tout, une créature mi-femme mi-chouette nous fait face et l’on ne voit qu’elle, là où pourtant il y a tant à observer que je ne sais où poser mes yeux.

Instant pub ruin bar budapest (1)

Après nous être frayé un chemin à travers la foule, nous arrivons enfin au bar sur lequel règne un lapouette (un être mi-lapin, mi-chouette) (et re mi-ours derrière) et où une pinte de bière nous coûte 312ft chacun, soit environ 1€.

lapin hibou instant pub budapest
The famous lapouette dans toute sa splendeur

Anecdote VÉRIDIQUE

Budapest est le seul endroit au monde où la pinte était moins chère que le demi (pour les non-initiés, pinte = 50cl et demi = 25cl). Je ne me souviens plus de la marque, mais elle n’était pas mauvaise du tout.

Après ça, nous déambulons dans ce lieu fou avec l’impression d’être vraiment en promenade au cœur d’une œuvre d’art : différentes salles, différentes ambiances, 3 étages et une trentaine de pièces, je ne sais plus où j’ai lu que l’Instant pub est « un lieu digne d’Alice au Pays des Merveilles », mais je trouve que c’est vrai. On passe une porte et POUF on change de décor.

Interlude musical

Instant pub ruin bar budapest (8)
La « salle de musique », des partitions partout.
Instant pub ruin bar budapest (9)
Par la fenêtre de la salle de musique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, nous nous asseyons un temps dans ce que j’ai appelé « la salle de musique », dont les murs sont entièrement recouverts de partitions, du sol au plafond. D’abord assis à une table avec vue sur le patio, nous réquisitionnons bientôt un chouette canapé en cuir hyper moelleux dans lequel nous nous enfonçons dans les bras l’un de l’autre pour échanger sur notre journée, sur la vie, le sens du monde…

Non je déconne, en fait on lisait les petits mots sur les murs en pouffant et on comparait les mérites de cette bière à 1€ à ceux de celles qu’on connaissait.

Nous en sommes à nous dire que 1) ça ne nous gênerait pas de dormir là et 2) cette bière ne se défend pas mal du tout au palmarès de nos bières internationales et pas chères (palmarès très personnel) quand soudain arrive une fille (bourrée) tirant un garçon (tout aussi cuit qu’elle) par la main.

Elle se tourne vers lui et ils commencent à se rouler la galoche du siècle.

Nous sommes un peu jaloux (car d’habitude, les patins-marathon, c’est pour nous) mais surtout morts de rire parce que quand même, on est déjà 6 dans cette pièce qui ne doit pas atteindre les 10m².

Et que nous avons tous les yeux braqués sur eux.

Pour une ambiance intime, c’est un peu mort, mais apparemment ils s’en moquent.

Au bout de trois minutes (et c’est long trois minutes, croyez moi), nous pensons qu’ils ont fini mais en fait pas du tout.

Toujours enlacés tels des hippocampes en train de s’accoupler, mais en moins gracieux, ils s’effondrent littéralement comme des masses sur le fauteuil en face du nôtre qui émet un espèce de craquement/grincement/bruit sourd (un peu comme quand on saute sur un lit vous voyez ?) d’assez mauvais augure. Un truc entre « VRAAAF ! » et « PROUF ! » (le genre de chute qui fait jaillir un nuage de poussière dans les films).

Ressorts décédés.

Et là, sous les yeux ébahis mais toujours hilares de toutes les personnes présentes dans la pièce, ils commencent à se grimper dessus tout en continuant de se lécher copieusement la poire.

Mich et moi essayons de reprendre notre conversation comme si de rien n’était, mais bizarrement, nos phrases s’arrêtent souvent en suspens au milieu avec un « Euuuuuh… Je disais quoi ? » alors que nous faisons semblant de ne pas entendre les « hurmpf », « raaah », « ooooh » et autres « blbleblebl » (bruit de salive dégueu) venu du siège en face de nous (soit approximativement à 1,50 m).

Et puis tout aussi soudainement qu’ils sont venus, ils se relèvent et repartent, comme ça, sans préavis.

Depuis, j’ai émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’acteurs embauchés par le bar pour mettre un peu d’ambiance (une ambiance bizarre ceci dit), mais le mystère demeure, car il n’y a pas vraiment besoin de mettre de l’ambiance, le bar étant très foulé.

Nous leur laissons un peu d’avance et nous continuons d’explorer les salles. Certaines peuvent accueillir facilement 200 personnes et d’autres ont la taille d’un placard à balais avec juste la place pour mettre deux chaises face à face.

Toutes sont décorées de papiers peints trop cools où s’emmêlent des feuillages, des fleurs et/ou des animaux et on trouve des œuvres d’art chelous mais vraiment fun dans tous les recoins.

Instant pub ruin bar budapest (7)Instant pub ruin bar budapest (6)Instant pub ruin bar budapest (5)Instant pub ruin bar budapest (2)

Dans l’une des salles, les gens se trémoussent sous un sanglier boule à facette (oui, je parle bel et bien ici d’une boule à facette en forme de SANGLIER ! <3).

SAMSUNG CSC
La merveille <3. Auteur

Dans une autre, nous tombons sur un jeu de baby-hockey (comme le baby foot mais pour le hockey sur glace).

Instant pub ruin bar budapest (3)

Dans le patio au rez de chaussée, l’ambiance est rock et musette.

Au premier (sous le sanglier) c’est plutôt de la grosse trans qui tache.

Dans une pièce, un pauvre DJ mixe tout seul (mais même par pitié, nous ne restons pas avec lui car 1) il n’y a pas de fenêtre dans sa pièce et je suis claustro, 2) le son est atroce).

Mais partout c’est joyeux, il y a du monde, des gens qui rient, boivent, trinquent et dansent.

Nous, fatigués par la foule et par notre journée bien remplie, nous finissons par dénicher une salle déserte où le niveau sonore nous permet de nous parler (oui, c’est très surfait d’avoir envie de parler aux gens en soirée apparemment) (Comment ça je suis vieille France ?). Équipée de vieux fauteuils et canapés en cuir, elle a tout pour nous plaire ! Nous nous écroulons dans un fauteuil et nous endormons presque sur la fin de nos bières. Nous finissons par sonner la retraite et rentrer à pied à notre hôtel car l’heure du dernier métro était dépassée depuis longtemps.

C’était une bien jolie expérience et j’ai adoré. Je ne peux QUE vous conseiller d’aller à l’Instant, même si j’aurais tout de même aimé en découvrir un autre, moins couru, si j’avais eu le temps d’explorer les forums de voyageurs.

La prochaine fois !

Ça vous a plu ? Vous en voulez encore ?

Retrouvez le reste du récit de notre voyage à Budapest ici

 

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13 réflexions sur “Budapest : quand ta grand mère rencontre Lewis Caroll, ça donne un ruin pub

  1. Non mais ce bar est juste incroyable ! Je ne le connais pas, mais j’en avais déniché pas mal d’autres avec une amie (il y a bien 5 ou 7 ans maintenant) lors d’un road trip bus-sac-a-dos. Et Budapest nous avait complètement sciées… Elle y a d’ailleurs rencontrer son mec (toujours d’actualité) mais je m’égare hehe. Le bar le plus incroyable que nous ayons fait (mais j’ai oublié le nom), était paumé dans un quartier totalement désertique. On y entrait par une arrière porte glauque, genre milieu de cité façon RDA, et là on arrivait dans un grand ascenseur avec un mec et une glacière. Nos potes hongrois (rencontrés quelque heures avant dans un beer garten) nous font signe de sortir quelques pièces, en échange de quoi le mec ouvre sa glacière et nous donne à chacun une mignonnette. Obligation de la siffler cul-sec le temps de monter jusqu’au dernier étage. Et là, tu peux imaginer, truc de fou, un étage immense, plein de dédales, de tables de babyfoot, de bars, de Graf, et au final un escalier qui donne sur un immense rooftop sur fond de lumière psyché et musique électro. Unbalivaaaaabeul ma bonne dame ! J’en garde un souvenir fou, la preuve avec ce pavé… J’ai adoré ton article en tous cas, ça me donne complètement envie de retourner à Buda très très vite ! Bises,
    Sarah

    Aimé par 1 personne

  2. Et on peut boire autre chose que de la binch’ ? Non parce que moi… j’aime toujours pas la bière 😦 puis aller dans un lieu comme celui-ci et ne rein boire ?! Sacrilège !
    L’expérience à l’air détonante, tu me donnes vraiment envie d’aller passer quelques jours à Budapest avec toutes tes histoires 🙂

    J'aime

    1. Hahaha ! Oui, il font des cocktails très sympas, il me semble me souvenir avoir goûté un mojito aussi. Si vous avez le temps lors de votre prochain retour vers la France, arrêtez vous là bas pour vous faire une petite semaine de « luxe » à base de thermes et de bars cools 🙂 Moi j’en garde un souvenir hyper romantique de cette ville ❤ (la cuite à pas cher mise à part bien sûr, même si avec Mich tout est romantique 😉 )

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